© 2009 Pierre Pilon

Le Slow Food de la communication…

L’autre jour, j’avais rendez-vous avec mon fils pour le lunch. Un rare moment dans un horaire qui rend la chose de plus en plus difficile. Déjà attablé, il m’accueille en me disant : « Donne-moi deux minutes, puis on va pouvoir prendre le temps de se parler. » Dans les secondes qui ont suivi, il a envoyé trois textos, pris ses messages et retourné un appel. Hallucinant! C’était beau de le voir aller. En même temps, je me faisais la réflexion suivante. Je me suis demandé si, tout aussi efficace qu’elle puisse être, la nouvelle technologie ne risquait pas de nous éloigner de la dimension plus « humaine » de la communication. À plus ou moins brève échéance, qu’adviendra-t-il de l’idée de prendre le temps de se parler? Est-ce que ce sera toujours possible?…

Pourtant, je ne suis pas un « dinosaure technologique » et je pense être capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps. Professionnellement, je m’intéresse beaucoup à tous les phénomènes de masse qui peuvent avoir un certain impact sur notre façon de communiquer en société. Mais là, il y a comme un malaise. En fait, la question que je me pose est la suivante : « Après que nous ayons twitté, facebooké, texté, chatté et je ne sais trop quoi encore, que reste-t-il? Des échanges virtuels dans un contexte virtuel avec des correspondants virtuels…

Évidemment, il n’est pas question ici de cesser toutes nos activités dans le cyberespace, loin de là. Mais je me suis mis à réfléchir à l’idée de revendiquer le droit à un meilleur contrôle de cette réalité. Le droit de contrer et, au besoin, de combattre l’effet pervers de l’asservissement et de la dépendance aux nouvelles technologies. Voilà pourquoi j’annonce aujourd’hui… (roulement de tambours) le début de l’ère du SLOW FOOD DE LA COMMUNICATION… Oui, mes amis, rien de moins! Comme vous le savez, le mouvement Slow Food est né d’un désir de retour aux vraies valeurs et aux vraies choses, au plaisir de goûter, de cuisiner et de prendre le temps. J’ai donc décidé d’entreprendre pour moi-même cette réflexion thérapeutique qui se veut un contrepoids à « l’internetisation » de nos rapports.

J’ai décidé de me faire vacciner contre le virus de la « mécanisation » de la communication, afin de me protéger des risques de la pandémie de la grande toile. Comme ce fut le cas pour la grippe A-H1N1, il sera sans doute difficile de convaincre mon fils de se faire vacciner. Mais je pense que ça vaut la peine d’essayer. Par amour, je voudrai sans doute l’inciter au moins à réfléchir aux mérites d’une approche SLOW FOOD dans la communication. Une approche où il n’est plus question de se définir exclusivement comme membre d’une communauté virtuelle, mais plutôt comme membre à part entière d’une humanité. Je parle d’une humanité composée de personnes qui ont tout intérêt à continuer de prendre le temps de se dire leurs différences, leurs ressemblances. De personnes qui prendront plaisir à se retrouver pour rire, échanger et réfléchir. De personnes qui continueront de partager leurs grandeurs et misères, leurs joies, leurs espoirs, peu importe, pourvu qu’elles prennent non seulement le temps de se dire, mais aussi le temps de se parler.

Je prends donc le temps de vous souhaiter, à tous, du beau et du bon pour la nouvelle année. Joyeuses Fêtes! Rendez-vous quelque part sur une page du nouveau calendrier.