© 2010 Pierre Pilon

The Price is right…

Face aux médias, il faut faire preuve de transparence, mais il importe surtout de savoir mesurer les conséquences de ce que l’on dit. Dans le domaine de la communication publique, c’est connu : « on vit ou on meurt » avec nos déclarations. Pour certains, le prix à payer n’est pas toujours celui envisagé. À partir du moment où la chose est dite, elle ne nous appartient plus vraiment. L’usage qu’on en fait, le contexte dans lequel on la présente devient plutôt l’affaire de ceux qui la transposeront en article, en reportage ou en élément d’actualité courante.

Récemment, Carey Price, des Canadiens de Montréal, a fait une déclaration en apparence anodine. Au terme d’un match âprement disputé, où il s’était particulièrement distingué et où l’équipe avait quand même perdu 1 à 0, Price a fait le commentaire suivant : « Je ne peux pas me mettre à marquer des buts à moins que l’instructeur me trouve une place en avantage numérique!… » Ce qui est intéressant dans cette déclaration, c’est qu’on peut l’interpréter de différentes façons :

  • c’est décevant de connaître un bon match et de perdre ainsi la partie;
  • j’ai donné mon maximum mais, de toute évidence, ce n’était pas assez…;
  • même une solide performance ne garantit pas la victoire.

Mais on peut aussi l’entendre comme ceci :

  • j’ai beau offrir une performance exceptionnelle, on ne peut gagner si on ne compte pas de buts;
  • j’ai fait ma job, mais mes coéquipiers n’ont pas fait le travail;
  • je ne peux quand même pas arrêter les rondelles et compter des buts à la fois.

Imaginez un instant que vous soyez un joueur des Canadiens. Comment auriez-vous reçu la déclaration du jeune gardien? Vous l’auriez probablement « pris un peu personnel », comme on dit familièrement. Il est fort à parier que cette déclaration vous aurait piqué au vif et vous aurait donné l’impression de ne pas avoir été à la hauteur.

Curieusement, dans les jours qui ont suivi – et sans faire un lien direct avec les commentaires de Price, certains journalistes sportifs ont commencé à faire allusion  à un possible « malaise » entre le gardien et ses coéquipiers. On allait même jusqu’à suggérer que les joueurs ne se « défonçaient » peut-être pas autant quand Price était devant le filet. Les joueurs se forçaient un peu plus quand c’est Halak qui gardait les buts. Pour appuyer cette affirmation, les analystes avançaient même, statistiques à l’appui, que les joueurs du Tricolore offraient beaucoup moins de soutien offensif à un gardien qu’à l’autre. En fait, les Canadiens comptaient davantage de buts lorsque Halak était devant le filet.

Bien sûr, je ne suis pas un analyste sportif, et il ne m’appartient pas de dire quelles étaient les véritables intentions du jeune gardien quand il a fait cette déclaration. Mais dans le monde du sport, on s’entend généralement pour dire qu’« on gagne et perd en équipe ». Disons qu’avec son commentaire d’après-match, Carey Price s’est quelque peu éloigné de cette réalité. Il a surtout manqué une bonne occasion de se faire des alliés parmi ses coéquipiers en montrant son esprit d’équipe.