Au cours des dernières semaines, Québec et Ottawa se sont renvoyé la balle sur la question de l’environnement. Rien de nouveau, me direz-vous. De tout temps, et ce, non seulement au pays, mais dans les grandes rencontres internationales, l’aura environnementale du Québec a fait ombrage à la position canadienne dans ce domaine. Récemment, à la conférence de Copenhague sur les changements climatiques, Jean Charest est ressorti de la couverture médiatique comme étant plutôt vert foncé par rapport à son homologue canadien, Stephen Harper.
Encore la semaine dernière, un nouvel épisode s’est joué à un autre bout de la planète. À l’occasion d’un discours devant des étudiants à l’Université de Calgary, Jim Prentice, ministre fédéral de l’Environnement, en a profité pour fustiger la position du gouvernement Charest au sujet de sa nouvelle réglementation sur les émanations polluantes des automobiles. Du fond de ce bastion de l’industrie pétrolière canadienne, le ministre fédéral a qualifié la position du Québec de véritable « sottise », ajoutant qu’il était ridicule pour le Québec d’agir seul. Stratégie de communication oblige, le Québec n’a pu encaisser le coup sans riposter. De passage en Inde, Jean Charest a retourné le tir du camp fédéral en arguant que sa position s’alignait sur celles d’une quinzaine d’autres États américains.
Dans l’opinion publique, le Québec possède sans doute une longueur d’avance sur le Canada au chapitre des préoccupations environnementales. Mais ce match, qui est loin d’être terminé, a pris ces derniers jours une tournure intéressante sur le plan des communications. Voilà que deux sujets d’actualité sont venus ébranler la verdeur de la position québécoise. À Delhi, des travailleurs indiens atteints d’amiantose et profitant du passage du premier ministre, ont dénoncé devant la presse les dangers de l’amiante chrysotile exporté par le Québec en Inde. M. Charest a dû défendre sa position avec vigueur face à une opinion publique internationale qui ne semble pas lui donner raison.
Autre sujet récent d’actualité, Québec compte envoyer une mission commerciale en Alberta. Après avoir critiqué le laxisme du fédéral à réglementer la question des gaz à effet de serre dans l’ouest du pays, voilà que M. Charest annonce qu’une délégation commerciale se rendra au pays des sables bitumineux pour prospecter les occasions d’affaires. Bien sûr, le premier ministre se défend bien de cautionner une industrie reconnue pour son impact négatif sur la production des GES au Canada. En même temps, il est forcé de justifier favorablement la démarche d’un groupe d’entrepreneurs québécois dans un secteur qui n’a pas la réputation d’être très vert.
Dans le domaine de la communication, il est toujours un peu risqué de jouer les deux côtés d’une même médaille. L’opinion publique ne s’accommode pas toujours très bien du double discours. Bien sûr, pour les environnementalistes, « on est vert ou on ne l’est pas ». Mais si on vous demandait de placer le curseur de l’opinion publique en vous basant sur les dernières positions du Québec, seriez-vous tenté d’aller dans le vert foncé ou le vert pâle? En matière d’environnement, ne sommes-nous pas toujours le vert pâle de quelqu’un d’autre?…