© 2010 Pierre Pilon

La faute aux médias…

Récemment, avec un groupe d’amis, il était question des Jeux olympiques de Vancouver. Au ton des discussions, je sentais déjà que je devrais défendre le point de vue des médias. Comme ancien journaliste, je me retrouve souvent dans cette situation. Chaque fois que l’on dit que « c’est la faute aux médias », je sens le besoin de nuancer le propos pour répondre à cette boutade trop souvent et facilement utilisée. Cette fois-ci, les médias s’étaient rendus coupables d’un jugement trop rapidement porté sur la performance de nos athlètes canadiens.

On se rappellera que les dirigeants du comité olympique canadien avaient suscité de grandes attentes avant même le début des Jeux. S’appuyant sur le fameux programme « À nous le podium », les représentants canadiens affirmaient avec confiance qu’ils allaient terminer en première place au chapitre des médailles, rien de moins. Cette assurance en a surpris plusieurs, compte tenu du rendement affiché par nos athlètes dans l’histoire des jeux d’hiver. Mais grâce à ce nouveau programme, disait-on, les athlètes étaient mieux préparés, et le Canada entamait un tournant.

Bien sûr, quand on laisse entendre qu’on veut gagner, voire qu’on va gagner, on crée des attentes très élevées. Non seulement auprès des athlètes, mais aussi de la population. Évidemment, les médias font écho à ces prétentions et alimentent ainsi une opinion publique qui ne demande qu’à croire. Malheureusement, à mi-chemin des Jeux, les autorités olympiques canadiennes ont dû battre en retraite et avouer que l’objectif pour le Canada de finir bon premier ne serait pas atteint. Les journalistes ont rapporté les faits. Aussitôt, l’opinion publique canadienne a déboulé du podium. Mais par la suite, surprise, le vent a tourné! Voilà que les espoirs de médailles se sont concrétisés et que certains athlètes canadiens se sont mis, de façon imprévisible, à récolter les honneurs. Selon mes amis, il était clair que les médias étaient pris en défaut : ils avaient tiré trop vite sur la gâchette!

Mais à qui la faute? Aux médias, qui ont le jugement facile, ou aux porte-parole du comité olympique canadien, qui ont suscité des attentes trop élevées? La perception aurait pourtant été fort différente si, à quelques semaines du début des Jeux, on avait entendu des déclarations du genre : « On a bon espoir de faire mieux qu’à Turin… On croit que nous causerons des surprises… Nous sommes prêts, plus que jamais, à être parmi les meilleurs. ». Le tableau actuel aurait été encore plus convaincant, et les dirigeants du comité olympique canadien n’auraient pas eu à confesser un trop-plein d’enthousiasme.

Quoi qu’il en soit, on peut s’entendre sur une chose : que l’on compte le nombre de médailles d’or ou le nombre total de médailles, la performance du Canada aux Jeux de Vancouver est la meilleure de tous les temps. Et ça, c’est vraiment tout un exploit. Ainsi, ce résultat permettra aux autorités canadiennes de prétendre qu’elles avaient bien raison d’avoir confiance. De leur côté, les médias pourront insister sur l’importance de maintenir un programme comme « À nous le podium »… Bravo à tous nos athlètes!