L’impression que tout va mal…
Pour peu qu’il suive ce qui se passe dans l’actualité, le citoyen moyen ne peut se réjouir de ce que les médias rapportent ces jours-ci. Scandales, corruption, trafic d’influence, pots-de-vin sont les ingrédients de l’actualité courante. Il ne serait pas exagéré de dire que c’est un peu la grisaille en ce moment. Cette impression persistante que tout va mal. L’impression que derrière chaque geste, chaque déclaration ou chaque décision de nos représentants politiques se cache une intention malhonnête. L’impression qu’il y a quelque chose de résolument pourrie au royaume des pouvoirs politiques.
La semaine dernière, la valse des mauvaises nouvelles s’est poursuivie avec la démission de Me Pierre Cimon, le procureur principal de la commission Bastarache. Reconnu pour sa grande compétence, le juriste a démissionné avant même de commencer son travail parce qu’il a fait des contributions au Parti libéral du Québec. Des contributions en tout point légales et conformes à la loi électorale du Québec. Bien sûr, on peut se questionner sur la dimension éthique de telles contributions dans le contexte du rôle que doit jouer celui qui enquête sur le processus de nomination des juges par le PLQ.
Il ne m’appartient pas de juger cet aspect. Mais sur le plan de l’opinion publique, l’ampleur de cette histoire me surprend un peu, surtout si l’on tient compte du contexte. Rappelons-nous la commission Gomery. À ce que je sache, l’opinion publique ne s’était pas trop formalisée de la nomination de Me Bernard Roy comme procureur principal. Après tout, cet homme, dont le rôle était d’enquêter sur le processus d’attribution de contrats du Parti libéral, avait quand même été le chef de cabinet de Brian Mulroney. Mais à l’époque, la perception d’une enquête menée par quelqu’un n’appartenant pas à la famille libérale fédérale contribuait sans doute à donner encore plus de crédibilité à cette commission. Est-ce à dire que la commission Bastarache aurait profité d’une plus solide crédibilité si le juge Bastarache avait nommé un procureur ayant fait des contributions à la caisse du Parti Québécois ou de l’ADQ?
Une partie de l’explication se trouve dans la façon dont les événements de l’actualité façonnent l’opinion publique. Chaque nouvelle comporte généralement deux ingrédients : les faits et la perception entourant ces faits. L’opinion publique se nourrit à des degrés divers de ces deux éléments. Parfois, la perception occupe une place plus importante dans le processus de formation d’une opinion. Même ceux qui ne disposent pas d’une information complète peuvent se forger une opinion. Par exemple, ma mère qui a 80 ans ne connaît pas grand-chose sur le processus de nomination des juges ou d’attribution des contrats. Et pourtant, si vous sollicitez son opinion sur ces sujets, elle se fera un plaisir de vous la donner. Je ne suis pas sûr que ce soit très positif.
L’opinion publique, c’est un peu comme un curseur que l’on promène sur le registre de la perception que créent les événements de l’actualité. En ce moment au Québec, force nous est de constater que le thermomètre de l’opinion publique à l’endroit des pouvoirs publics oscille plutôt dans le rouge de l’impression négative. Aujourd’hui plus que jamais, les autorités politiques font face à un énorme défi pour regagner la confiance des citoyens. La seule façon d’y parvenir c’est en posant des gestes concrets et en prenant les décisions qui traduisent de façon évidente, la volonté d’être transparent . Dans l’état actuel des choses, c’est le passage obligé pour regagner un tant soi peu de crédibilité aux yeux du public.