© 2010 Pierre Pilon

Gauche-droite, droite-gauche…

Je m’étonne toujours de constater à quel point les médias présentent les politiciens et leurs idées en fonction de la place qu’ils occupent sur l’échiquier idéologique. En effet, combien de fois entend-on dire qu’un tel est considéré de droite par rapport à un autre dont les idées sont davantage de gauches. C’est à se demander s’il n’y a pas un abus dans l’utilisation de ce genre d’étiquettes.

On le sait, l’administration Obama a subi un cuisant revers aux élections de mi-mandat. Les analystes qui avaient prévu le coup considèrent ce résultat comme une « victoire de la droite ». On parle même du rôle de « l’extrême droite », en référence au Tea Party.

Pendant ce temps, sur la scène politique canadienne, on se retrouve avec une ville de droite qui élit un maire de gauche, et une ville de gauche qui confie sa destinée à un maire de droite. À la surprise générale, les citoyens de Calgary, que plusieurs considèrent de droite, ont élu un musulman progressiste, il y a quelques semaines. De leur côté, les citoyens de Toronto, perçus comme étant un peu plus progressistes, viennent de se donner un maire opposé aux mariages gais et à l’arrivée des nouveaux immigrants.

Au Québec, bastion considéré comme plus à gauche dans la famille canadienne, on assistait récemment à l’émergence d’un mouvement de droite, le Réseau Liberté-Québec. Ce mouvement est identifié comme encore plus à droite que l’ADQ, elle-même plus à droite que le PLQ, qui est moins à gauche que le PQ, qui lui est pourtant plus à droite que Québec solidaire. Pourtant, lors des élections, tout ce beau monde essaie d’occuper le centre, peut-être un peu plus le centre gauche, parce qu’il semble que c’est là que se trouve une bonne partie de l’électorat…

Bien sûr, on convient que la droite désigne les idées et les individus plus conservateurs, alors que la gauche est généralement réservée aux idées plus libérales et aux individus considérés comme progressistes. Fait intéressant, il semble que la droite connaît plus de succès en période économique difficile. En effet, les gouvernements et les mesures de droite semblent avoir la cote en période de crise économique comme celle que nous traversons depuis un moment.

Mais de façon générale, est-ce que les gens préconisent et appuient les idées selon qu’elles soient nécessairement de droite ou de gauche? Est-ce possible qu’un citoyen puisse être socialement de gauche et économiquement de droite? Le commun des mortels analyse-t-il toujours les points de vue dans une optique gauche-droite? J’en doute. Ainsi, est-ce qu’il est raisonnable de demander aux médias de faire l’effort de nous parler davantage du mérite des idées plutôt que de la place qu’elles occupent sur l’échiquier idéologique? Je le crois.